Ils avaient décidé de lui donner les couleurs beige et vert clair dans un ton plutôt pastel, peut-être pour un climat d'apaisement.
Face à moi, se tient un comptoir en bois foncé, derrière celui-ci une dame aux cheveux blond très clair, parle avec des personnes non loin de moi.
Mais, mon attention se porte sur deux tableaux qui se situe l'un sur ma gauche et l'autre sur ma droite. Ils sont assez mystérieux et mal finalisés, je n'ai su en décrocher mon regard pendant une interminable attente (de 26 minutes précisément). Oui, j'ai bien écrit interminable, dans cet endroit les minutes semblent des heures.
Et leur saloperie d'ambiance apaisante, me rends de plus en plus nerveuse.
Puis, soudainement, une porte s'ouvre, un homme en sort et invite les personnes "à la dame au comptoir" à entrer dans la pièce.
Je prie pour que ça ne soit pas lui.
Il a un sourire qui me mets mal à l'aise, il porte un costard saillant gris foncé au dessus d'une chemise blanche et d'une cravate teintée bleu foncée. Ce qui me marque le plus sont ses chaussures vernies noires avec des petits talons.
Toute sa personne me révulse au plus au point.
Pitié, faites que ça ne soit pas lui.
Et, dans un ton sec, la porte se referme ayant mise derrière elle, à présent trois personnes. J'entends des rires et des pleurs, même des cris. Bientôt ce sera à moi.
Bientôt, j'ose l'espérer, le temps se fait de plus en plus long et je reprends conscience de mes mains glacées sur mes jambes.
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Je suis prise de tremblements incontrôlés, ma seule envie est de m'en aller. J'essaye de me maîtriser, en vain.
A nouveau la porte s'ouvre, l'homme en sort, fait sortir les deux personnes et nous invite, nous. Je réalise donc avec effroi que c'est bien à cet homme là que nous aurons affaire. Maman et moi, prenons alors le chemin vers cette pièce très pâle qui ne m'inspire guère confiance. Mon moi intérieur et mon enveloppe extérieur me triturent la cervelle, l'un me dit "Va-t-en de là, court, court ne rentre pas." Et l'autre "Fais ce que tu as à faire et ne discute pas, de toute façon ils te rattraperont."
Esprit malade et corps fatigué, je vous hais.
Sans en avoir vraiment le choix, je décide d'écouter ma matérialité et suis donc ma mère.
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Une fois dans la pièce, il nous fait nous asseoir, lui à son bureau, elle et moi en face. Il commence d'abord par me demander mon âge puis tous deux se mettent à parler.
Pendant ce temps, j'inspecte la nouvelle pièce qui m'est donné de voir. Il y a un tableau situé derrière moi, et quelques livres sur la psychologie. (Vous savez, la psychologie, pour faire reposer les neurones et noyer la matière grise. On croit pouvoir "aider" et "comprendre" en apprenant dans un bouquin.)
Enfin, il commence à me parler, je lui répond très brièvement par des hochements de tête. Je parviens à lui exprimer mon non-souhait d'être là puis à chaques questions qu'il me pose, je finis par ne plus répondre. Au début par choix et finalement parce que mon corps ne veut plus m'obéir.
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Alors, lui, me parle de masochisme, de souffrance, d'aide et je ne sais quoi d'autre encore.
Maman, elle, lui parle de scarifications, troubles alimentaires, état dépressif, névrosisme et de... médicaments.
Et, moi, je m'écroule littéralement, mes yeux me brûlent, j'ai l'impression que je vais les perdre tant je pleure, ma tête va-t-elle exploser ?
Bordel, moi, j'implose.
Ça me brûle, merde, ça me brûle.
Je brûle. Je suis en train de cramer face à eux et ils me parlent de traitements, d'hospitalisation mais merde euthanasiez moi!J'en ai marre des hôpitaux,des traitements et de ttes leurs merdes!
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Il finit par nous faire une ordonnance pour des médicaments qui "calment", pardon, me calme. Calme, le poids sur mon c½ur, le ver qui me ronge dans le bas ventre, la chose dans ma tête.
PUTAIN, rien ne saura les faire se tairent, rien, ni eux dans ce putain de bureau, ni les autres dans mon putain d'intérieur
Et dire que je les avais arrêtés!...
Sortez-moi, sortez-moi, d'ici et de là.
Il ouvre la porte, me donne une poignée de main et je me rue sur la sortie. Dehors, enfin dehors à l'air libre mais je ne respire pas.
Maman essaye de me rattraper mais je la pousse sur le côté et me dirige vers la voiture. Elle me rejoint et me montre son mécontentement. Sans vraiment comprendre pourquoi, je me mets à pleurer très violemment. J'essaye de me contenir, je pousse des cris très loin au fond de moi et sens un poids creuser profond et devenir de plus en plus fort. Je ne finis par ne plus pouvoir, et par pousser des gémissements, ma respiration s'accélère et j'étouffe.
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Je suis dans la voiture et elle roule, les autres derrières-nous.
Mais qu'est-ce qui m'empêche de ne pas ouvrir la portière ?
Mais, qu'est-ce qui m'empêche ?
Je ne vais peut-être pas mourir et c'est cela qui me fais peur, je ne vais peut-être pas mourir. Etre juste grièvement blessée ou peut-être pas. Je veux juste mettre un terme à ma vie, ayant trop peur d'échouer, je ne fais rien. Je reste là et attends, ma crise ne passe pas, je pleure et tant bien que mal respire bruyamment.
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Maman gare la voiture près de la pharmacie, et achète les médicaments et je me demande si je ne peux pas m'enfuir mais pour aller où et faire quoi ? Aller derrière le pont, finir mon paquet de clopes et rester là, attendre. L'attendre.
Il faut se décider, c'est maintenant où jamais.
Maintenant !
Mais, mon corps ne réponds plus, il ne veut pas, il ne peut certainement plus. Epuisé, exténué, sans plus aucune force, rien ne se passe.
Elle revient. Nous finissons par arriver à la maison. Maman essaye de me calmer mais n'y parvient pas.
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Je suis à l'intérieur, la vue sur le jardin, j'ouvre la porte et je m'y engouffre en m'écroulant sur les marches. J'ai des crampes dans tout le corps, il me fait atrocement mal, je ne tiens plus debout. Mes joues se désintègrent, trop de sanglots. Mon intérieur brûle et mon extérieur se glace.
Vais-je mourir ?
Vais-je vomir ?
Vais-je réussir à reprendre contrôle sur moi-même ?
Est-ce que je le veux vraiment ?
Y aura-t-il évanouïssement?
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Elle s'asseoit près de moi.
Il pleut.
Elle veut nous faire rentrer et je ne veux pas. Je ne dis plus mot et essaye de m'éteindre. Je bloque ma respiration, un temps, longtemps.
Je tombe.
Puis, "respire" de nouveau. J'ouvre les yeux, je suis toujours dans ce jardin.
Elle est partie.
Et finit par revenir, essayant de me foutre un de ces foutus médicaments dans la bouche.
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